Domaine de La Doges. Restauration des décors peints


9 avril 2025

Un minutieux travail de restauration, réalisé d’août à décembre 2024, a permis de restituer la richesse et la finesse des décors peints de trois espaces du Domaine de La Doges. La fin de ce chantier marque une nouvelle étape dans la préservation et la mise en valeur de cette maison de maître des XVIIIe-XIXe siècles.

Le salon d’été, les colonnes du grand vestibule et la salle de bain historique de La Doges frappent par la richesse de leurs décors peints en trompe-l’œil. Ces trois espaces souffraient cependant de dégradations dues à l’humidité et aux fluctuations du climat intérieur. Une intervention ciblée s’est avérée nécessaire afin de stabiliser les éléments fragilisés et de restituer l’intégrité esthétique et matérielle des lieux.

Les travaux ont permis de restituer le décor peint lumineux du salon d’été ou jardin d’hiver, une pièce qui se distingue par sa fonction réversible : transformée en 1852 par l’architecte veveysan Philippe Franel, cette ancienne remise offre un espace de détente en été et un lieu chaleureux en hiver, grâce à sa cheminée en marbre rouge. Réalisé par l’atelier veveysan de Georges Hubert Quinclet en 1922, le décor actuel – qui a remplacé celui similaire de 1852 – évoque la belle saison, avec ses roses et ses glycines qui se détachent sur un fond bleu céleste. Le sol en asphalte coulé présente un exemple précoce de l’emploi d’un matériau alors novateur, issu probablement des mines du Val de Travers ; composé de carreaux délimités par des bandes en marbre noir de St-Triphon et ornés de mosaïques de pierres blanches, le sol a été nettoyé.

En ce qui concerne le vestibule du bel étage, aménagé aussi vers 1852 par Philippe Franel, les travaux ont permis de préserver son harmonie tout en révélant la finesse des teintes et des motifs d’origine de ses deux éléments distinctifs : les colonnes toscanes en bois peint imitant le marbre et le papier peint Art nouveau aux motifs floraux stylisés.

La salle de bain historique, située au rez-de-chaussée du pavillon d’entrée oriental et aménagée entre 1826 et 1838, frappe par la richesse de son décor mural de faux marbre et son caractère précurseur, les salles de bain étant alors rares. Le trompe-l’œil a été minutieusement restauré, révélant des couches picturales successives, témoins de l’évolution des techniques décoratives. Ces travaux ont permis de plus de clarifier son usage : une cuve à fond plat, sans doute en zinc, était probablement alimentée en eau froide depuis la fontaine de la cour, tandis que l’eau chaude était acheminée depuis la cuisine. Un «chauffe-bain» mobile à braises devait apporter un peu de confort thermique au moment du bain.

En restaurant ces espaces et en les intégrant dans les visites du domaine, la section vaudoise de Patrimoine suisse poursuit son engagement en faveur de la sauvegarde et de la valorisation du patrimoine bâti. Cette démarche permet non seulement de transmettre des savoir-faire et des techniques de conservation, mais aussi de sensibiliser le public à la richesse du patrimoine architectural et décoratif.

Dirigés par Aleksis Dind, de l’atelier kalk, les travaux de restauration des décors peints ont été réalisés par les ateliers Meta à Lausanne et Sinopie à Vevey. Le réaménagement des trois espaces a été supervisé par Bérangère Lepourtois, conservatrice du Domaine de La Doges.

Les travaux ont été entièrement financés grâce aux dons de nombreuses personnes privées, ainsi qu’au généreux soutien de la Loterie Romande, la Fondation Philanthropique Famille Sandoz, la Fondation Ernst Göhner, la division Monuments et sites du Canton de Vaud et l’Office fédéral de la culture. Patrimoine suisse, section vaudoise, leur exprime toute sa gratitude.

Source : Aleksis Dind, « Domaine de la Doges. Restauration du salon d’été, du vestibule du bel étage et de la salle de bain historique du rez-de-chaussée », A Suivre, n° 90, avril 2025.

Lire le rapport des travaux de restauration d’Aleksis Dind, 21 février 2025.

Photographies: Liubov Krivenkova.