Prises de position / Presse

Rapport 2017

Comme chaque année, notre association a effectué un travail de terrain indispensable à la mission qu’elle s’est fixée. La commission technique a consulté en 2017 de nombreux dossiers de mise à l’enquête, concernant en particulier des bâtiments recensés en note 3 et 4. Elle a participé à plusieurs séances de conciliation sur invitation des municipalités, conseillé des propriétaires, des mandataires et des autorités communales. Elle a aussi répondu aux sollicitations de citoyens qui se sont adressés à la section. En 2017, notre section est intervenue dans 29 projets, a donné son avis pour 14 d’entre eux, participé à des négociations dans 6 situations et déposé 15 oppositions.

Parmi les dossiers en cours, on peut citer pour Lausanne le stade de la Pontaise, toujours menacé de démolition, le réaménagement du quartier de la Rasude près de la gare (A Suivre n° 71; plus d’informations) ou encore la transformation de deux entrepôts au Flon. A Chardonne, notre section a contesté un projet de construction de cinq immeubles dont les volumes étaient surdimensionnés. A Pully, elle s’est opposée aux transformations de « La Muette », ancienne demeure de l’écrivain C.-F. Ramuz. Elle est également intervenue à Aigle, Boussens, Cugy, Nyon, Grandvaux et à Vinzel.

Notre section avait déposé un recours en 2016 auprès de la CDAP contre la décision de la Ville de Lausanne d’autoriser la construction d’une serre au jardin botanique dans un endroit particulièrement mal choisi. Notre démarche n’a pas porté entièrement ses fruits. Par sa décision du 9 novembre 2017, la Cour a autorisé la construction de la serre contestée mais a assorti cette autorisation de l’obligation de démolir les deux serres existantes. Elle subordonne aussi tout nouveau permis de construire à la réalisation d’une étude sur l’ensemble du site.

Nous avons pris position dans les médias lors de l’annonce du 26 janvier par le SIPAL de la levée du décret de protection d’un terrain à Avenches en vue d’y laisser construire une immense halle IKEA (RTS la Première, Journal du matin, 3 février 2017). A la suite de cette intervention qui a rencontré un grand écho, une députée verte a déposé le 7 février une interpellation intitulée « Pour que le patrimoine ne soit pas que financier ! ». Le téléjournal de 19h30 est revenu sur le sujet (11 avril). Le projet de halle a été abandonné depuis.

Notre effort de lutte contre le projet du Conseil d’Etat de vendre 20 cures a abouti au dépôt d’une pétition munie de 1200 signatures le 12 septembre 2017 au Parlement. Une délégation l’a ensuite défendue auprès de la Commission des pétitions du Grand Conseil. Parallèlement, le chef du groupe des Verts au Grand Conseil a déposé une interpellation en faveur des cures. Lors du dépôt de la pétition, différents médias ont évoqué notre action : 24 heures, La Liberté, Le Courrier, La Côte, Région Nord vaudois, La Méduse, etc. La RTS a effectué un reportage à ce sujet dans Mise au point diffusé en décembre.

Par toutes ces actions, notre section a poursuivi son but de préservation et de valorisation du patrimoine paysager et construit. Elle a été également un appui professionnel pour nombre de citoyens partageant ces mêmes buts.

 

Quelques dossiers en cours

Cures vaudoises

Patrimoine suisse, section vaudoise s’oppose au projet du Canton de vendre une vingtaine de cures vaudoises dont la majorité d’entre elles ont été construites avant 1845. La pétition contre le démantèlement des cures vaudoises a été remise au Grand Conseil le 12 septembre 2017 munie de 1200 signatures. Notre section  est convaincue de la valeur patrimoniale et de l’utilité sociale des cures historiques vaudoises. La conservation de cet ensemble architectural unique en Suisse est de la responsabilité de l’Etat de Vaud qui doit assumer son entretien. En projetant de vendre au plus offrant une vingtaine de cures, l’Etat démantèle son propre patrimoine et contrevient à son devoir d’exemplarité.

Le 21 mars 2019, le Conseil d’Etat vaudois a annoncé vouloir désormais vendre seulement six cures. Ces six cures n’appartiennent pas au corpus historique des cures construites par les autorités bernoises ou vaudoises entre 1536 et 1845. D’autre part, le Conseil d’Etat prévoit plusieurs mesures de protection pour les cures en question. Dans ces conditions, Patrimoine suisse, section vaudoise ne s’oppose pas à leur mise en vente. Toutefois, elle veillera attentivement à ce que les engagements du Conseil d’Etat soient tenus et n’hésitera pas à se remobiliser dans le cas contraire.

Nous encourageons les locataires de cures vaudoises dont le bail est résilié sans motif de prendre rapidement contact avec notre association et sa présidente.

Télécharger le communiqué de presse du 23 mars 2019, le texte de la pétition et le communiqué de presse du 8 septembre 2017.
Descriptif des cures vendues dans notre journal A Suivre n° 67 et A Suivre n° 68.

La Liberté, « Le Conseil d’Etat veut vendre six cures pour 6 à 8 millions », par ATS, 21 mars 2019.
24 heures,
« Une pétition pour que le Canton garde ses cures », par ATS, 13 septembre 2017.
La Région Nord vaudois,
« Le Canton en a-t-il vraiment cure? », par S. Gabioud, 13 septembre 2017.
cath.ch, « Pétition de Patrimoine suisse contre la vente des cures vaudoises », par M. Page, 13 septembre 2017.
La Télé, « Vaud doit renoncer à la vente de vingt cures », 12 septembre 2015.
Le Courrier, « Les défenseurs du patrimoine veulent dissuader l’Etat de vendre ses cures », par J. Cachin, 23 juillet 2015.

Cure de Peney-le-Jorat. Photo B. Lovis 2017

 

Château d’Hauteville (St-Légier)

En 2014, les héritiers du château d’Hauteville faisaient part de leur volonté de se défaire du domaine. Ayant appris que l’Etat n’avait pris aucune disposition pour la sauvegarde de ce patrimoine unique (note 1, pas classé cependant), ni pris la peine de dialoguer avec les héritiers afin de trouver une solution élégante pour la protection de ce patrimoine, notre section a adressé une première lettre au Conseiller d’Etat M. Broulis, dont dépend le service des Monuments et Sites, qui n’a manifesté aucun intérêt pour l’avenir d’Hauteville. A la suite de quoi, nous avons alors adressé une nouvelle lettre au Conseil d’Etat en proposant des solutions permettant à la fois d’assurer une sauvegarde minimale de la mémoire patrimoniale liée au château (inventaire scientifique du mobilier qui allait être mis en vente) et de répondre au désir de vente des héritiers. Une procédure de dation aurait notamment permis une réduction des droits de succession en échange de certains objets attachés au patrimoine vaudois. Sous le prétexte de n’avoir aucun moyen légal d’intervenir, le Conseil d’Etat a refusé une fois encore de prendre contact avec les héritiers. Jugeant cette décision inadmissible, notre section a été contrainte de faire recours contre la décision du Conseil d’Etat auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal. Dans son jugement, la cour nous a donné raison sur le principe et a confirmé que l’Etat avait non seulement les moyens d’intervenir mais aussi la mission de sauvegarder un tel patrimoine. L’Office fédéral de la Culture, que nous avions aussi avisé, nous a donné raison à son tour; il  a proposé au Canton son aide et son appui, que ce dernier a négligés. Le Canton a été contraint de procéder à un inventaire scientifique du mobilier ainsi que de procéder à une documentation photographique. Mais cela a été exécuté avec tant de mauvaise volonté que ni l’un ni l’autre n’ont abouti formellement.

Faute d’entretien depuis des décennies, le château et ses dépendances continuent à se dégrader. Toutefois, en décembre 2018, son sort a enfin été fixé: le domaine sera vendu à une université américaine, Pepperdine University. Ses représentants s’engagent à le restaurer dans les règles de l’art avec l’aide de la section cantonale Monuments et Sites. Cette nouvelle réjouit Patrimoine suisse, qui appuie la démarche des nouveaux propriétaires. La procédure de classement, qui était au point mort, pourra être relancée.

Le Temps, « Le château d’Hauteville vendu à une université américaine », par Y. Roulet, 15 décembre 2018.
La Tribune de l’art, « Château d’Hauteville: tout doit disparaître », par B. Bonnet Saint-Georges, 10 septembre 2015.
La Méduse
, « Patrimoine suisse s’inquiète de l’avenir du château d’Hauteville, fleuron de l’architecture du 18e siècle », 15 octobre 2014.
La Tribune de l’art, « À vendre (séparément) : le château d’Hauteville et son contenu », par B. Bonnet Saint-Georges, 2 novembre 2014. Article repris dans notre A Suivre n° 65.

Château d’Hauteville. Photo B. Lovis 2015

 

Stade olympique de la Pontaise

Cet édifice, qui possède des qualités architecturales remarquables, est le seul équipement sportif suisse des années 1950 à être conservé dans son état d’origine. Combinant judicieusement l’utilisation du béton et de l’acier, il est le fruit de l’heureuse collaboration entre l’architecte Charles-François Thévenaz et l’ingénieur Emile Thévenaz. Construit en vue des championnats du monde de football de 1954, il possède des particularités qui lui sont propres: « La forme ovale du stade permet de placer le plus grand nombre de spectateurs le plus près possible du centre du terrain. Les gradins eux-mêmes sont disposés selon une courbe parabolique de visibilité. La hauteur limite des gradins est la plus basse aux extrémités du grand axe et la plus haute sur les extrémités du petit axe. Il est ainsi créé un volume gauche à trois dimensions, dont l’expression par le dessin et l’exécution sont très difficiles. Aucune ligne n’est droite et les courbes ne peuvent être tracées au compas. La largeur des bandeaux et des corniches, ainsi que celle des piliers, varient constamment. Les façades du stade sont courbes en plan et en élévation. Ceci posa un problème architectural exceptionnel. » (BTSR, n° 11 et 12 / 1953).
Malheureusement, toutes ces remarquables qualités du stade ont dû échapper lors du recensement architectural, ce qui a pour conséquence que le stade et ses annexes y figurent avec la note 3 seulement (PGN du 19 avril 1995). Patrimoine suisse, section vaudoise a l’espoir que cette note sera révisée. A l’évidence, le stade de la Pontaise a valeur de témoignage d’intérêt national unique et mérite, pour cela, d’être sauvé de la démolition à laquelle le destine la Ville de Lausanne.

Lire notre prise de position dans A Suivre n° 53.
En 2018, le stade a été inscrit sur la Liste rouge de Heimatschutz.

 

Quelques dossiers classés

La Muette de C.F. Ramuz (Pully)

La section vaudoise a fait opposition en 2017, puis recours l’année suivante au Tribunal cantonal contre le projet de transformation de la maison de Ramuz, porté par l’arrière-petite-fille de l’écrivain. Ce projet implique la création d’un espace muséal dédié à Ramuz ainsi que l’aménagement de cinq logements dans la Muette, qui n’en comporte actuellement que deux. Le section précise qu’elle n’a jamais remis en cause le projet d’espace muséal prévoyant la conservation du bureau de l’écrivain. C’est par contre la modification de l’appartement où vécut Ramuz (suppression de plusieurs pièces et modification de la distribution), ainsi que l’atteinte portée à la façade classée qui ont été principalement remises en cause dans le recours.

Photo 24 Heures

La façade et la toiture de La Muette sont classées monuments historiques depuis 1958 et l’intérieur est inscrit à l’inventaire en note 2, impliquant que cet intérieur doit être conservé dans sa forme et sa substance. A cela s’ajoute la haute valeur culturelle du lieu de vie de l’un des plus grands écrivains de Suisse, de stature internationale. Une récente étude historique a relevé l’importance historique de La Muette et préconisé le maintien dans sa substance non seulement du bureau, mais aussi de l’appartement occupé par l’écrivain. D’autre part, des spécialistes de l’œuvre de Ramuz reconnaissent que l’appartement de l’écrivain est un élément essentiel pour la connaissance de son œuvre, et qu’il mérite d’être conservé dans son entier.

La CDAP a considéré, dans son arrêt du 21 février 2019, que la préservation de l’intégralité de l’appartement de l’écrivain présenterait objectivement un intérêt, mais que le manque de financement, notamment public, permettant cette conservation impliquait une validation du projet souhaité par l’héritière de Ramuz. Les Juges ont également considéré que les interventions projetées sur la façade classée ne seraient pas problématiques du fait de leur discrétion. La section vaudoise de Patrimoine suisse estime qu’en autorisant la modification de l’appartement de Ramuz, les Juges n’ont pas suffisamment tenu compte de l’importance historique et culturelle de La Muette dans l’œuvre de cet écrivain. C’est ainsi un élément patrimonial important, intéressant le public et valorisant pour notre région, qui va subir de lourdes transformations. La section vaudoise a néanmoins renoncé de former recours au Tribunal fédéral.

Télécharger le communiqué de presse du 13 mars 2019.

 

Jardin botanique (Lausanne)

Imaginé et réalisé par l’architecte Alphonse Laverrière et le paysagiste Charles Lardet en 1937-1946, le jardin botanique de Lausanne possède une valeur patrimoniale indéniable. C’est pour cette raison que l’ensemble a reçu, en 2002, la note 2 au recensement architectural cantonal et qu’il a été inventorié comme bien culturel d’importance nationale par la Confédération avec le degré de protection A, qui est le plus élevé. Le jardin est aussi répertorié dans l’inventaire ICOMOS des jardins historiques du canton de Vaud.
Estimant que la construction d’une serre sur les plates-bandes de l’allée principale du jardin botanique porterait une atteinte grave à la qualité esthétique et patrimoniale du jardin, Patrimoine suisse section vaudoise s’est opposé à cette construction et a déposé un recours auprès de la Cour de droit administratif et public (CDAP) contre la décision communale d’autoriser la construction de la serre à cet endroit. Il est à souligner que tant le conservateur cantonal que la déléguée à la protection du patrimoine bâti de la ville de Lausanne avaient préavisé négativement ce projet de serre.
Le recours n’a porté que partiellement ses fruits. Par sa décision du 9 novembre 2017, la Cour a autorisé la construction de la serre contestée mais a assorti cette autorisation de l’obligation de démolir les deux serres existantes. Elle subordonne aussi tout nouveau permis de construire à la réalisation d’une étude sur l’ensemble du site.

Télécharger le communiqué de presse du 29 janvier 2018.
Lire l’article paru dans A Suivre n° 68.

 

Communiqués de presse

CP « La Muette de C.F. Ramuz: un rendez-vous manqué avec l’histoire », 13 mars 2019.

CP  « Château de l’Aile et Salle del Castillo à Vevey: Distinction vaudoise du patrimoine 2018 et portes ouvertes à l’occasion du Clou rouge », 17 avril 2018.

CP « Projet de serre pour le jardin botanique de Lausanne: un projet cantonal irrespectueux du patrimoine », 29 janvier 2018.

CP « Pétition pour empêcher le démantèlement des cures vaudoises », 8 septembre 2017.

 

Revue de presse, sélection 2017

RTS, Mise au point, « Ô mon beau patrimoine », 17 décembre 2017.
24 heures
, « Nous voulons relancer les négociations sur La Muette », par M. Nicollier, 25 octobre 2017.

24 heures, « La passion du patrimoine selon Béatrice Lovis », par L. Aubert, 27 mai 2017.
La Région Nord vaudois, « Une présidente pour le patrimoine », par I. Raposo, 22 mai 2017.

Le Courrier, « Pétition déposée pour le patrimoine », par M. Togni, 26 avril 2017. Lien vers le texte de la pétition et la revue de presse.
RTS, TJ du 19h30, « Ikea repoussé par le patrimoine romain d’Avenches », 11 avril 2017.
24 heures, « Les amoureux du patrimoine dénoncent la politique du Conseil d’Etat », 28 mars 2017.
RTS la Première, Journal du matin, « Le service du patrimoine vaudois sur la sellette », 3 février 2017: écouter l’intervention de Béatrice Lovis.

Voir aussi les articles cités à propos des cures vaudoises, ci-dessus.