Trois soirées « Réanimations » au Forum d’architectures de Lausanne (F’AR) du 11 janvier au 8 février 2018


10 janvier 2018

Réanimer, c’est littéralement «redonner de l’âme». C’est le terme que proposait A. Corboz dans les années 1970 pour parler d’une opération de rénovation touchant non pas à l’enveloppe, mais au contenu d’un bâtiment d’importance patrimoniale, à son programme, aux valeurs symboliques qu’il véhicule. La réanimation concerne les architectes et la société civile, les politiques et les usagers.

Les six architectes invités présenteront en duo quelques projets récents de réaffectations d’objets à valeur patrimoniale et civique, en Suisse romande, en France, au Tessin et dans les Grisons. Ces premiers DIALOGUES initiés par le Forum d’Architectures de Lausanne sont co-organisés avec la section vaudoise de Patrimoine Suisse et s’inscrivent dans l’esprit de la CUB – Fondation pour la Culture du Bâti.

11 janvier: GBAU (F) – LVPH (VD)
18 janvier: Martino Pedrozzi (TI) – Rapin & Saiz (VD)
08 février: Bakker & Blanc (VD) – Capaul & Blumenthal (GR)

Un débat avec le public suit les présentations. Modération : Marc Frochaux (F’AR), Denis de Techtermann, Claudio di Lello et Nicolas Delachaux (Patrimoine suisse Vaud)

Vous êtes les bienvenus!

Gratuit. Ouverture des portes 18:00, dialogues dès 18:30.
Forum d’architectures de Lausanne, Av. Villamont 4.

Télécharger l’affiche (pdf).


Présentation des invités

GBAU (FR) http://www.gbau.fr/
Boris Bregman et Philippe Guyard, architectes de Haute Savoie, ont de nombreux projets de restauration à leur actif. Il sera intéressant de comparer la pratique de leur région à la nôtre.
Récemment ils ont achevé de transformer un ancien presbytère en maison médicale, salle communale et maison de prêtre. (C’est une cas similaire à nos cures vaudoises, que le Patrimoine suisse section vaudoise aimerait conserver). Le cas du presbytère de Thorrens-Glières est intéressant car l’opération
permet de réactiver le centre du village en créant un jardin public.

LVPH (VD) http://www.lvph.ch/
Laurent Vuilleumier et Pierre Humbert ont effectué plusieurs restaurations intéressantes, dont celle l’impressionnante ferme du Mouret (en travaillant sur différentes couches thermiques afin d’éviter une restauration lourde) ou la « réparation » du village de Cressier. Suite à un MEP (Mandat d’Etude Parallèle) ont récemment achevé la restauration de la Maison du Désert, qui était squattée depuis des années. La maison a une longue histoire, qui croise celles de Benjamin Constant et Mme de Staël,
quelques franc-maçons et la scène alternative lausannoise… Le magnifique jardin fait partie de l’opération de restauration. Dans ce cas exemplaire de réanimation, il sera intéressant d’apprendre
comment l’association de quartier et la ville se sont arrêtés sur le choix de transformer la bâtisse en Maison de quartier / centre d’animation, ce qui devait nécessiter une délicate négociation entre un maître d’ouvrage (qui veut optimiser son usage des espaces) et les architectes (qui veulent mettre en valeur la structure et les typologies originales du bâtiment).

Martino Pedrozzi (TI) http://pedrozzi.com/en
L’architecte tessinois s’est fait connaître par des projets de « recompositions », consistant à rassembler les pierres de fondation d’anciennes maisons alpines, qui ressemblent à des tombes. Ici la « réanimation » est un travail poétique. Parallèlement, il fait des transformations radicales de maisons traditionnelles qui restent imperceptible depuis l’extérieur de villages historiques.

Rapin+Saiz (VD) http://www.rapinsaiz.ch/
Les architectes viennent d’inaugurer l’extension et la reconversion d’un immeuble à L’Abbaye, dans la vallée de Joux. Construite comme auberge de voyageurs, la maison a servi un temps d’hôtel de ville. Jolie réanimation: c’est un projet social à l’échelle de la Vallée: aujourd’hui, elle occupe la fondation La Croisée, une structure de réinsertion professionnelle pour personnes fragilisées. Je n’ai pas réalisé en arrivant qu’il s’agissait d’une extension, tant le langage de la nouvelle partie d’accorde avec la partie rénovée. Dans celle-ci le plafond en béton intègre en négatif le solivage de la patrie ancienne. Sur le plan typologique, le même plan permet de distribuer les deux parties de manière identique.

Bakker & Blanc (VD) http://bakkerblanc.ch/
Bakker & Blanc ont plusieurs projets de rénovation à leur actif, qui suivent une ligne très stricte. Lors du concours de 2009, ils proposaient de restaurer le Parlement vaudois à l’identique. Le Werkhof, situé dans la basse ville de Fribourg, a été le point de départ de cette réflexion sur le thème de la «réanimation». En effet, le bâtiment a tellement changé d’affectation au cours des siècles, que seule une lecture attentive de ses valeurs sur le plan symbolique permettait d’en faire une restauration / reconstruction réussie. Le bâtiment ayant brûlé en été 1999, les architectes l’ont pratiquement reconstruit, en conservant les parties calcinées et en utilisant la toiture installée à l’époque pour le préserver. Ils proposent un espace public extérieur dans le rez-de-chaussée, sans préciser sa finalité programmatique. Son utilisation, pour un accueil para-scolaire et des associations de réinsertion professionnelle, sont le fruit d’une consultation populaire. Le choix des matériaux (galets de la Sarine, peinture noire) entrent dans une stratégie narrative: le bâtiment ouvre une lecture historique sur le quartier des Planches.

Capaul & Blumenthal (GR)
Ces architectes grisons se sont fait connaître par des rénovations très radicales, qui prennent soin – un peu dans la veine d’un Gion A. Caminada – de travailler avec les artisans locaux et les matériaux issus de la région, de penser donc le Patrimoine comme un problème socio-économique, consistant prioritairement à sauvegarder les savoir-faire. Le cinéma Sil Plaz à Ilanz, réalisé en terre compactée, entre dans ce raisonnement. Les architectes comptent à leur actif plusieurs restaurations très radicales, dans lesquelles la structure ancienne est conservée et les éléments contemporains sont strictement séparés – en pleine conformité avec les principes émis par A. Corboz dans son article de 1975 –, comme une maison du XVe siècle située au coeur de Valendas et qui est inscrite au patrimoine cantonal.